Lors de Canneseries, j’ai eu l’opportunité de rencontrer et d’échanger avec Park Joon-suh, CEO de SLL. Un entretien qui permet de mieux comprendre le fonctionnement d’un studio devenu aujourd’hui un acteur majeur de l’industrie des contenus en Corée du Sud.
SLL – qui signifie « Stories Lead Life » – est un studio de production de contenus en Corée du Sud reconnu pour la qualité et la diversité de ses créations.
Park Joon-suh est le directeur général (CEO) de SLL, où il supervise la vision globale de l’entreprise, sa stratégie ainsi que sa croissance à l’international à travers l’ensemble de ses pôles créatifs et commerciaux. Sous sa direction, SLL est devenue l’un des principaux studios de contenus en Corée, regroupant plus de 15 labels de production.
Il est en charge non seulement de la production nationale de SLL, mais aussi de la stratégie de coproduction et de partenariats internationaux de l’entreprise, avec une responsabilité directe sur les marchés du Japon, des pays anglophones et de la Grande Chine.
En tant qu’executive producer, il a participé à la production de certaines des séries coréennes les plus emblématiques et reconnues à l’échelle mondiale, dont SKY Castle (2018), The World of the Married (2020), Reborn Rich (2022), King the Land (2023), The Atypical Family (2024), ainsi qu’à plus d’une centaine de titres télévisés à succès ayant contribué à façonner le paysage moderne des dramas coréens.

Là où de nombreuses sociétés séparent production et distribution, le studio regroupe l’ensemble de ces activités au sein d’une seule structure. Dramas, longs métrages, émissions de divertissement et projets liés à la K-pop : tout est développé, produit et distribué en interne, avec une vision globale, à la fois locale et internationale.
Selon Park Joon-suh, environ 30 % des contenus produits en Corée du Sud passent aujourd’hui par SLL pour être distribués à l’échelle mondiale. Le studio occupe ainsi une place centrale dans l’export des contenus coréens, en lien avec les grandes plateformes internationales et différents marchés étrangers.
Chaque année, SLL produit entre 20 et 25 dramas. Ceux-ci sont diffusés en Corée via JTBC, mais également sur des plateformes comme Netflix, Prime Vidéo ou Disney+. Le studio produit également environ cinq films par an.
À cela s’ajoutent des formats de divertissement développés à travers des labels dédiés. Parmi eux, le programme culinaire Culinary Class Wars, une émission de télé-réalité déjà composée de deux saisons, dont une troisième est actuellement en production. D’autres émissions sont en préparation, tandis que la K-pop fait également partie de leur activité, avec un groupe d’idols issu du label du studio ayant récemment sorti deux nouveaux titres. Chaque mois, différents formats de contenus sont ainsi produits et distribués.
Au fil de l’échange, Park Joon-suh précise que SLL ne fonctionne pas comme une seule entreprise, mais comme un ensemble de sociétés regroupées. Chacune produit en continu des contenus, créant un système global. Parmi elles, on retrouve notamment WIIP, un studio basé à Hollywood, qui a produit The Summer I Turned Pretty et développe environ cinq à six séries par an. Ce fonctionnement permet une véritable collaboration entre les industries coréenne et américaine.
Je lui fais remarquer que cette dynamique s’étend également à d’autres pays, notamment le Canada. Il confirme que SLL travaille avec des partenaires canadiens sur des projets en développement, autour d’histoires construites entre plusieurs territoires, notamment entre le Canada et la Corée du Sud.
Concernant l’organisation avec JTBC, il explique que les deux entités appartiennent au groupe JoongAng Media. Elles fonctionnent comme des sociétés sœurs : JTBC est dédiée à la diffusion, tandis que SLL s’occupe de la production et de la distribution des contenus.

Nous évoquons Sacred Jewel, présenté à Canneseries. Pour Park Joon-suh, ce projet a une importance particulière. Il reconnaît que les dramas historiques peuvent parfois être plus exigeants pour le public international, car ils demandent davantage de connaissances culturelles et historiques. Mais il espère justement que ce type de série permettra d’ouvrir davantage les spectateurs à des formats différents. Sa présence à Cannes s’inscrit dans cette volonté de promouvoir des œuvres variées et de faire découvrir d’autres facettes des K-dramas.
Il observe également l’évolution du marché européen. Au début des années 2020, l’intérêt pour les productions coréennes y était encore limité, mais la diffusion sur les grandes plateformes a changé la donne. Aujourd’hui, SLL reçoit de nombreuses demandes de coproduction ainsi que des propositions de remakes. Plusieurs adaptations ont déjà vu le jour, notamment en Turquie, au Royaume-Uni et en Allemagne.
Il précise que les discussions avec la France existent également, notamment avec Canal+, avec qui les échanges ont été positifs, même si rien d’officiel ne peut être annoncé pour le moment.
Nous abordons la possibilité de tournages en France. Il explique que si l’adaptation locale de dramas coréens reste l’option la plus simple, les projets évoluent aujourd’hui vers des coproductions plus ambitieuses, intégrant plusieurs pays et plusieurs récits au sein d’une même histoire. Ces discussions sont en cours avec différents partenaires internationaux, dont la France.
Selon lui, cette évolution est portée par la globalisation des plateformes, qui a profondément transformé la manière dont les contenus sont consommés. Il pense qu’aujourd’hui, grâce à la mondialisation des plateformes, les spectateurs ont développé une compréhension plus large des contenus et des cultures étrangères. Il reconnaît que les dramas historiques peuvent demander un effort supplémentaire, mais estime que c’est précisément le bon moment pour s’y intéresser.

Lorsqu’il évoque ce qui l’enthousiasme le plus dans l’industrie du K-content, il revient sur son propre parcours. Ayant commencé comme producteur, il se dit à la fois surpris et reconnaissant de voir les contenus coréens toucher aujourd’hui un public mondial. Il explique qu’il n’imaginait pas, en ayant grandi et étudié uniquement en Corée, travailler un jour avec autant de partenaires internationaux.
Aujourd’hui, il collabore avec des acteurs, réalisateurs et producteurs qu’il connaissait seulement de loin. Il décrit cette évolution comme quelque chose d’à la fois inattendu et fascinant. Là où les contenus étaient autrefois très localisés, ils circulent désormais à l’échelle mondiale.
Il insiste aussi sur la dimension d’échange culturel. Ayant grandi avec la culture française – le cinéma de Luc Besson, Sophie Marceau ou encore la musique française – il considère que ces influences ont nourri les créations coréennes actuelles. Et aujourd’hui, ces contenus coréens influencent à leur tour d’autres cultures. Il parle d’un véritable cercle vertueux.
Je lui fais remarquer que ces références françaises dans certains K-dramas sont d’ailleurs très appréciées du public.
Enfin, je lui demande ce qu’il espère que le public international retient des productions de SLL. Il explique qu’il ne peut pas parler pour tous les dramas, mais qu’il cherche avant tout à proposer des contenus capables de toucher un public international. Il évoque l’histoire particulière de la Corée, marquée par de nombreux bouleversements en un siècle – colonisation, libération, dictature – qui ont participé à façonner le paysage moderne des dramas coréens. Selon lui, ces histoires, bien que profondément coréennes, portent des thématiques universelles.
Il conclut en adressant un message au public français :
« Je suis vraiment profondément reconnaissant de tout l’amour que le public montre aux productions coréennes. Personnellement, j’aime beaucoup les pays qui reflètent un mélange culturel important. Je travaille avec plusieurs pays différents mais j’ai un point faible pour la France, car c’est un pays avec tellement de mélanges culturels et un terrain fertile pour des histoires variées. J’espère, dans le futur, pouvoir travailler avec des producteurs français afin de créer des histoires uniques, des sensations novatrices, comme, par exemple, des récits mêlant la Corée et la France. J’espère pouvoir montrer de nouvelles histoires au public international et que celui-ci les attendra. »
Notre échange s’est terminé sur un sourire et un “merci beaucoup” prononcé en français.

Je tiens à remercier chaleureusement Park Joon-suh ainsi que l’ensemble de l’équipe de SLL pour leur accueil et leur disponibilité lors de cet échange.
Une belle rencontre, rendue possible grâce à leur présence à Canneseries, que je n’oublierai pas.
Interview : Émilie Bertoli / Photographe : Vanessa Marie Pisano

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