Les K-Dramas continuent de conquérir le monde, et la France ne fait pas exception. Productrice passionnée et visionnaire, Song Jin sun s’est imposée comme une figure incontournable de l’industrie des K-Dramas. Après un parcours atypique – d’études de droit à l’écriture de webtoons – elle a su transformer son goût pour les histoires humaines en projets marquants tels que True Beauty, What’s Wrong with Secretary Kim et Connect.
À travers cette interview, elle revient sur son parcours, sa manière de travailler, ses inspirations, mais aussi sur son lien spécial avec le public international, et en particulier les fans francophones.
Bonjour, J’espère que vous allez bien. Nous apprécions sincèrement le temps et la générosité que vous nous accordez, et nous sommes très heureuses de pouvoir partager vos réflexions, vos expériences et vos histoires avec le public francophone.
Pour commencer nous aimerions savoir ce qui vous a donné envie de devenir productrice de K-Dramas ?
J’ai d’abord étudié le droit, mais j’ai toujours été attirée par les histoires qui explorent les émotions et les relations humaines. J’ai commencé ma carrière comme autrice de webtoon, et cette expérience m’a naturellement conduite vers le monde de la production audiovisuelle. Ce que j’aime profondément, c’est découvrir la “graine” d’une histoire et construire un pont qui la relie au monde. Pour moi, c’est l’essence même du rôle de productrice.
Comment décririez-vous votre style ou votre “empreinte” dans les projets que vous produisez ?
Mon attention se porte toujours sur le dilemme des personnages. Quel que soit le genre – romance ou thriller – je crois que les drames les plus universels et puissants naissent quand les personnages sont poussés à faire des choix impossibles. Ma signature réside dans des récits nourris par les conflits psychologiques et les émotions humaines.
Quel aspect de votre travail vous passionne le plus, mais reste peu connu du public ?
La plupart des spectateurs retiennent surtout les scénaristes, réalisateurs et acteurs d’un drama. Bien sûr, leurs rôles sont essentiels, mais derrière eux, il y a aussi une personne qui construit le cadre et pose le point de départ d’un projet : c’est le rôle de la productrice.
Un drama n’est jamais le fruit d’un seul élément : c’est une collaboration où chaque rôle compte. Ce que l’on ignore aussi souvent, c’est que beaucoup de projets sont abandonnés après des mois, voire des années de travail. Les producteurs investissent énormément de temps et d’énergie sans reconnaissance ni compensation. Pourtant, ces échecs m’ont appris énormément et m’ont permis de développer des concepts et scénarios plus solides. À chaque interview, j’essaie de partager ces expériences réelles, en espérant qu’elles puissent aider d’autres personnes sur le même chemin.
Quelle a été votre première impression en découvrant que les K-Dramas avaient des fans passionnés en France et dans le monde francophone ?
Un de mes souvenirs les plus marquants remonte à trois ans, lorsque j’ai présenté Duty After School au festival Series Mania de Lille. Partager les cinq années de travail et les intentions créatives de ce projet devant un public français fut extraordinaire. Je me souviens encore de l’atmosphère dans la salle, des questions réfléchies et de la curiosité pour les contenus coréens. Cela m’a rappelé que mon travail avait une vraie valeur bien au-delà des frontières.
Y a-t-il une réaction de fans français qui vous a particulièrement touchée ou surprise ?
Un jour, un fan m’a écrit : “Votre drama a été mon seul réconfort durant la période la plus difficile de ma vie.” Ce message m’a profondément émue. Il m’a rappelé que les dramas ne sont pas seulement du divertissement : ils ont le pouvoir de se connecter à la vie des gens d’une manière intime et inattendue.
Comment décidez-vous qu’un scénario mérite d’être produit, surtout s’il est original ou atypique ?
Pour moi, tout repose sur l’énergie unique que porte une œuvre. Cela peut être une structure inhabituelle ou une nouvelle perspective sur un thème classique, mais ce qui compte le plus, c’est sa capacité à créer une résonance émotionnelle à travers les personnages.
Être atypique n’est qu’une question de forme. Ce que je recherche, c’est de savoir si l’histoire, dans cette forme, explore quelque chose de fondamentalement humain – nos désirs, nos failles, nos relations. Au fond, chaque grand drama raconte une histoire humaine, et quel que soit le genre, il doit capter une émotion authentique pour fonctionner.
Y a-t-il un genre ou un type d’histoire que vous rêvez d’explorer mais qui reste rare dans les K-Dramas ?
J’aimerais créer un véritable drama de science-fiction. En Corée, ce terrain reste encore en développement. Beaucoup de tentatives actuelles s’enferment dans des clichés ou un style trop expressionniste. Je crois qu’une science-fiction forte demande des auteurs comme des spectateurs qui ont grandi dans ces univers. C’est un défi, mais que j’ai envie d’étudier davantage pour pouvoir un jour l’aborder avec profondeur et originalité.
Avez-vous déjà eu une idée audacieuse qui semblait impossible à réaliser mais qui a finalement vu le jour ?
Oui – Connect. Le matériau de base était une histoire de créature très niche, et en Corée, il n’existait pratiquement aucun précédent réussi dans ce genre. Beaucoup doutaient de son potentiel. Mais je pensais qu’il était important de prendre ce risque et d’essayer d’élargir ce que le public pouvait accepter. Avec le réalisateur japonais Takashi Miike, l’acteur Jung Hae-in et Disney+ à nos côtés, le projet est allé bien au-delà du scepticisme initial et ce fut une expérience très gratifiante.
Parmi les acteurs et actrices avec lesquels vous avez travaillé, qui vous a le plus surprise et pourquoi ?
L’acteur Seol Kyung-gu, dans The Whirlwind, m’a particulièrement marquée. C’était sa première transition du cinéma vers la télévision, mais en tant qu’acteur vétéran, il a apporté une immense profondeur et gravité. Malgré les contraintes d’un drama politique essentiellement confiné à la Maison-Bleue, son aura et son professionnalisme ont porté tout le projet. Je lui en suis très reconnaissante.
Pouvez-vous partager une anecdote amusante ou touchante de tournage que peu de gens connaissent ?
Produire un drama, c’est souvent comme partir en guerre : on porte une tension constante et la responsabilité de tirer le meilleur de chacun. Honnêtement, les “moments drôles” sont donc rares au cœur de la production. Mais les instants les plus précieux viennent après, quand nous partageons un repas avec les acteurs. Écouter comment ils ont interprété le scénario différemment, ou quelles leçons personnelles ils ont tirées du projet, me touche toujours beaucoup. Ces conversations valent autant que le fait de voir le drama achevé.
Si vous pouviez produire un K-Drama dans 10 ans, quelle innovation ou technologie aimeriez-vous explorer ?
Nous vivons aujourd’hui dans une ère saturée d’histoires et d’images, où les goûts sont plus fragmentés que jamais. Dans dix ans, plutôt que de m’appuyer sur de nouvelles technologies tape-à-l’œil, je voudrais créer des dramas qui tiennent par la force brute du récit humain – des histoires qui reviennent aux émotions et désirs primaires. Pour y parvenir, je pense qu’il ne faut jamais perdre de vue la valeur de la littérature et notre fascination infinie pour l’humanité elle-même. C’est un engagement que je veux garder.
Quelle tendance actuelle des K-Dramas vous enthousiasme le plus ?
Autrefois, les producteurs hésitaient à adapter des webtoons ou webnovels. Aujourd’hui, le paysage a changé : producteurs, acteurs et plateformes sont ouverts à tout. La question n’est plus “Peut-on l’adapter ?” mais “Peut-on le faire bien ?”
Pour ma part, peu importe le genre ou la tendance, je m’attache toujours à ne pas perdre la profondeur émotionnelle au cœur de l’histoire.
Quel conseil personnel donneriez-vous à la prochaine génération de producteurs ou scénaristes ?
Allez au-delà de ce que vous aimez simplement. Posez toujours des questions. Pourquoi cette histoire doit-elle être racontée maintenant ? Pourquoi cette scène est-elle essentielle ? Tenir à ces questions donnera à votre travail une force et une clarté plus grandes.
Quand vous regardez en arrière sur votre carrière, quel moment ou projet vous rend le plus fière ?
Honnêtement, ma carrière a été remplie d’erreurs et de doutes – car chaque étape était une première pour moi : travailler dans une société de production externe, puis dans une chaîne, puis comme productrice exécutive, et aujourd’hui diriger mon propre studio indépendant. Chaque étape était un territoire inconnu.
Aujourd’hui, je me lance aussi dans des coproductions internationales avec des partenaires aux États-Unis et à Taïwan, ce qui est un nouveau défi. Mais ce dont je suis la plus fière, c’est d’avoir refusé d’abandonner. J’ai continué, j’ai aimé ce travail, même sans aucune garantie. Et pour moi, la plus belle récompense est de voir mon nom dans le générique, en sachant que j’ai tout donné pour donner vie à cette histoire.
Si vous le souhaitez, pourriez-vous partager un petit mot directement à vos fans francophones ?
À mes fans francophones : merci, sincèrement, du fond du cœur. Je veux continuer à créer des histoires qui transcendent la langue, la nationalité et toutes les frontières – des récits que chacun puisse apprécier et ressentir. Mon souhait est de donner vie à des personnages et à des histoires qui apportent non seulement de la catharsis et de l’inspiration, mais qui deviennent aussi des compagnons et des sources de réconfort dans la vie quotidienne. Je promets de continuer à œuvrer dans ce sens. Rendez-vous bientôt avec de nouveaux dramas ! »

À travers ses mots, on découvre une productrice qui place toujours l’humain au cœur de ses créations, qu’il s’agisse d’explorer les dilemmes des personnages, de soutenir ses équipes ou d’oser des projets audacieux comme Connect. Song Jinsun nous rappelle que les K-Dramas ne sont pas qu’un divertissement : ils peuvent aussi devenir un soutien, une source d’émotion et même un compagnon de vie pour les spectateurs.
Son message aux fans francophones témoigne de sa gratitude et de sa volonté de continuer à raconter des histoires qui dépassent les frontières. Une promesse inspirante, qui donne envie d’attendre avec impatience ses prochaines productions.
Nous remercions chaleureusement la productrice, Song Jin sun d’avoir pris le temps de répondre à nos questions et de partager avec nos lecteurs son parcours, ses expériences et ses réflexions sur les K-Dramas.
Interview et traduction par Émilie pour KDrama 4 You


Laisser un commentaire